Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /Juin /2009 12:54

Lieu balzacien par excellence.


Soirées théâtrales...

" Balzac allait souvent, pendant la belle saison, en villégiature au château de Saché, chez M. de Margonne, qui l'avait pris en grande amitié. Il aimait à travailler dans cette solitude sévère et à rêver sous ces chênes séculaires. Traité en enfant gâté, on lui passait tous ses caprices, et il avait pris l'habitude d'en user largement. Or, ses fantaisies n'étaient pas toujours très aimables. La plupart du temps, préoccupé du roman qu'il méditait ou écrivait, il se laissait absorber par ses pensées, devenait silencieux, morose et même grognon, pour employer l'expression de M. de Margonne.



                                                       " Il aimait à travailler dans cette solitude sévère et à rêver
                                                                               sous ces chênes séculaires. "



Il arriva un jour que les châtelains de Saché et M. de Balzac, leur hôte, allèrent dîner à Artannes, chez M. Goüin, à sa propriété qui s'appelle Méré. A la soirée, où se trouvait une brillante société, M. de Balzac, peut-être un peu stimulé par les bons vins du pays, pressé de questions sur le roman qu'il écrivait, contre son habitude donna quelques détails, puis, sa verve s'échauffant, il en narra des passages, et enfin s'oubliant tout à fait, il devint l'acteur de son oeuvre, se mit en scène, et avec l'art d'un comédien consommé, d'autant plus naturel qu'il s'ignorait lui-même dans cet art, fit parler ses personnages, les mima avec une finesse d'esprit très grande et tint tous les assistants sous le charme.
Au retour pour Saché, dans la voiture de M. de Margonne, M. de Margonne complimenta M. de Balzac : " Vous avez été, mon cher, lui dit-il, pétillant d'esprit; c'était un vrai régal de vous voir et de vous entendre. Eh bien ! nous qui vous aimons tant, pourquoi ne nous donnez-vous pas, de temps à autre, cette satisfaction ? " Et il continua à lui faire un petit sermon sur ce sujet.
Balzac qui n'aimait pas les reproches, voire même les observations, avait la répartie vive et pas toujours aimable en telle circonstance; cette fois, il ne répondit rien et baissa  la tête comme un écolier pris en faute.
Le lendemain matin, il ne parut pas au déjeuner, et M. de Margonne se reprochait sa semonce; il bouda tout le jour; au dîner, il sembla embarrassé et la conversation fut pénible. Mais, à la soirée, voilà que tout d'un coup il se mit à dire : " Eh bien, puisque hier soir le narré du roman que j'écris a semblé vous intéresser, si vous voulez, je vais vous en donner la suite, d'autant plus facilement que j'ai là le texte ! " Et tirant le manuscrit de sa poche, il se mit à le lire, de cette manière inimitable qui n'appartenait qu'à lui.
Tous les soirs suivants, il continua ainsi; parfois il s'échauffait, gesticulait, se levait et arpentait le grand salon de Saché, poursuivant son récit par coeur  quoi qu'ayant son manuscrit en main; et comme cependant il s'approchait de la lampe pour jeter  les yeux dessus, on disposait des candélabres espacés sur plusieurs tables. Balzac laissait faire, allant volontiers  d'un jalon de lumière à un autre, et continuant sa mimique. "



                                                            " ... il devint  l'acteur de son oeuvre, se mit en scène,
                                                                       et avec l'art d'un comédien consommé... "



Extraits de " Saché dans la vie et l'oeuvre de Balzac " de Paul B. Métadier. Editions : Gilbert - Clarey Tours (1950).
Par Îlien
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