Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /Fév /2009 22:39

 " Ecoliers sous la troisième République " de Marie-Thérèse Hachet (extraits).

Alphabet - Ardoise


Sur une ardoise, avec un crayon en pierre, je traçais des barres
comme des grillages. Ainsi pendant plusieurs jours nous
alternâmes les a, les beu, les ceu et les barres.
Alors que nous faisions des barres, les grands,
ceux de dix à douze ans, lisaient à voix haute,
récitaient leur table de multiplication :
2 fois 2, 4, 2 fois 3...

Norbert Calmels (L'Oustal de mon enfance)

          *****

Dictée


La maîtresse se promène dans les travées entre les pupitres,
sa voix sonne claire, elle articule chaque mot très distinctement,
parfois même elle triche un peu en accentuant exprès une liaison,
pour nous aider, pour nous faire entendre par quelle lettre le mot
se termine.

Nathalie Sarraute (Enfance)

          *****

Sabots


La pluie était tombée tout le jour, pour ne cesser qu'au soir.
La journée avait été mortellement ennuyeuse.
Aux récréations, personne ne sortait. Et l'on entendait
mon père, M. Seurel, crier à chaque minute, dans la classe :
" Ne sabotez donc pas comme ça les gamins ! "

Alain Fournier (Le Grand Meaulnes)
Par Patrick Thuillier
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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 10:06

Résonances abbatiales (extraits) Editions An Amzer.
Poèmes sur les ruines de l'abbaye de Saint-Mathieu dans le Finistère.

De profonds corridors
ajourés

de massives colonnes
de ciels fuyants

de béants pignons
inclinés

le vocal dépouillement...

          *****

Un silence
s'épaule

de tout son poids
de mémoire...

          *****

L'errance
devient nébuleuse                                                                                                                      
aux limites du monde
visible

elle se surprend
chevillée au rouge éclat
de coquelicots
éclos chemin dépouillé

Fleurs sang
ballottées d'un corps
délabré

elle creuse le regard
à l'heure haute du jour
sur l'écueil apostolique
d'une mémoire psalmodiée...

 Patrick Thuillier

Par Patrick Thuillier
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Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /Fév /2009 08:05

La poésie parnassienne ou l'art d'un esthétisme prosodique
entre romantisme et symbolisme...

Isolement (Les Siestes, 1874)


Au dehors c'est le vent, la pluie et la tempête;

Au salon, le feu meurt et la flamme inquiète
Voltige faiblement autour des tisons morts :
Telles doivent errer les âmes sur les corps.

On sait que la maison est tranquille et déserte;
Le piano vibre encor; la musique est ouverte
A la page où j'ai tant souffert et tant pleuré;

Sous les portes le vent pleure en désespéré.

Mais voici qu'un grand coup soudain de la rafale
A forcé ma fenêtre, et ma lumière pâle
S'est  éteinte : " Bonsoir , vent sombre, d'où viens-tu ?
Pourquoi viens-tu souffler sur mon front abattu ?

-- Je viens du bois mouillé, du grand bois solitaire;

En passant, j'ai courbé sans pitié jusqu'à terre
Les scabieuses avec les frêles églantiers,
Et j'ai semé leurs fleurs à travers les sentiers.

--Et toi, pluie aux flots noirs que le vent fouette et chasse,
D'où viens-tu ? --Moi, je viens de là-haut, de l'espace :
Je suis froide, je suis triste : ce soir encor,
J'étais portée hélas ! dans des nuages d'or.

--Entre, pluie ! entre vent ! entre aussi, nuit obscure :
Mon âme est désolée autant que la nature,
Et je veille; entrez tous ! vous êtes mes amis !
Mais ne réveillez pas ceux qui sont endormis."

Charles Grandmougin (1850-1930)

C'est dans l'évocation sensible d'une nature tout imprégnée
d'affectivité et de rêverie que s'accepte le mieux cette poésie...

" La poésie Parnassienne " , Luc Decaunes : Anthologie Seghers.


Par Patrick Thuillier
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Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /Fév /2009 09:50

Polyphonie (extraits) Editions An Amzer.
Poèmes ayant pour cadre les ruines de l'abbaye de Beauport dans Les Côtes d'Armor.

Regarde
cet arpent
de parole

ce verger
éclairé
par ses fruits
pesant
leur poids
de lumière !

          *****

Quel pourrait être
ton ciel
d'éternité ?

un silence
de floraisons
musiciennes ?

un jardin
de mémoire
à rebrousse-temps?

          *****

Sonne
ton âme
à grandes
envolées

criaille
ta charpente
désajustée

vieillissante

souffrant
mille pluies

va
ton oeil
voûté
la voix
polyphonique !

Patrick Thuillier
Par Patrick Thuillier
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Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 10:24

Passage de l'ombre
(extraits) Editions Folle Avoine.

Je ne rêve plus d'atteindre
la neige
ce qu'on aime
au loin ou tout proche :
hameau perdu
qu'on ne rejoindra pas.

Seule tâche : demeurer
ici sans refuge dans l'éclat
des choses passagères

apprenant à perdre
ce qui est.

           *****

De ce matin d'hiver
j'ai cru garder
l'éclat de neige
mais on n'emporte rien
de l'éternité des cimes.

Ne restent que des mots
et des images
qui encombrent le coeur
comme une barque trop chargée.

          *****

Si vive encore la course
de la lumière
par-dessus villages et vallées
routes, bois, herbages

venue bâtir en hâte
inattendue
ce feu tendre sous les branches
d'un vieil arbre

puis allant au-delà
du passage déjà sombre
embraser la vigne.

Enfance de la lumière !

Elle n'en finit pas
de me toucher.

Didier Jourdren
Par Patrick Thuillier
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