Mercredi 9 septembre 2009 3 09 /09 /Sep /2009 21:19

Alexandre Dumas fils : " La dame aux camélias " Marguerite et Armand...

J'étais trop avancé pour reculer, et d'ailleurs cette fille me bouleversait. Ce mélange de gaieté, de tristesse, de candeur, de prostitution, cette maladie même qui devait développer chez elle la sensibilité des impressions comme l'irritabilité des nerfs, tout me faisait comprendre que si, dès la première fois, je ne prenais pas d'empire sur cette nature oublieuse et légère, elle était perdue pour moi.
-- Voyons, c'est donc sérieux ce que vous dites ! fit-elle.
-- Très sérieux.
-- Mais pourquoi ne m'avez-vous pas dit cela plus tôt ?
-- Quand vous l'aurais-je dit ?

-- Le lendemain du jour où vous m'avez été présenté à l'Opéra-Comique.
-- Je crois que vous m'auriez fort mal reçu, si j'étais venu vous voir.
-- Pourquoi ?
-- Parce que j'avais été stupide la veille.
-- Cela, c'est vrai. Mais cependant vous m'aimiez déjà à cette époque.
-- Oui.
-- Ce qui ne vous a pas empêché d'aller vous coucher et de dormir bien tranquillement après le spectacle. Nous savons ce que sont ces grands amours-là.
-- Eh bien, c'est ce qui vous trompe. Savez-vous ce que j'ai fait le soir de l'Opéra-Comique ?
-- Non.
-- Je vous ai attendue à la porte du café Anglais. J'ai suivi la voiture qui vous a emmenés, vous et vos trois amis, et quand je vous ai vue descendre seule et rentrer seule chez vous, j'ai été bien heureux.
Marguerite se mit à rire.
-- De quoi riez-vous ?
-- De rien.
-- Dites-le moi, je vous en supplie, ou je vais croire que vous vous moquez encore de moi.
-- Vous ne vous fâcherez pas ?
-- De quel droit  me fâcherais-je ?
-- Eh bien, il y avait une bonne raison pour que je rentrasse seule.
-- Laquelle ?
-- On m'attendait ici.
Elle m'eût donné un coup de couteau qu'elle ne m'eût pas fa
it plus de mal.





























A suivre...

Par Îlien
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 21:36

Alexandre Dumas fils : " La dame aux camélias " ...de l'histoire au livre...

Celle chez qui je me trouvais était morte : les femmes les plus vertueuses pouvaient donc pénétrer jusque dans sa chambre. La mort avait purifié l'air de ce cloaque splendide, et d'ailleurs elles avaient pour excuse, s'il en était besoin, qu'elles venaient à une vente sans savoir chez qui elles venaient. Elles avaient lu des affiches, elles voulaient visiter ce que les affiches promettaient et faire leur choix à l'avance; rien de plus simple; ce qui ne les empêchait pas de chercher, au milieu de toutes ces merveilles, les traces de cette vie de courtisane dont on leur avait fait, sans doute, de si étranges récits.
Malheureusement les mystères étaient morts avec la déesse, et, malgré toute leur bonne volonté, ces dames ne surprirent que ce qui était à vendre depuis le décès, et rien de ce qui se vendait du vivant de la locataire.
... Je me promenai dans l'appartement et je suivi les nobles curieuses qui m'y avaient précédé. Elles entrèrent dans une chambre tendue d'étoffe perse, et j'allais y entrer aussi, quand elles en sortirent presque aussitôt en souriant et comme si elles eussent eu honte de cette nouvelle curiosité. Je n'en désirai que plus vivement pénétrer dans cette chambre. C'était le cabinet de toilette, revêtu de ses plus minutieux détails, dans lesquels paraissait s'être développée au plus haut point la prodigalité de la morte.






                                                                             Mademoiselle Marie Duplessis





A suivre...

Par Îlien
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Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /Juil /2009 22:22

" Contrepoint   "  de Patrick Thuillier ( extraits ). Editions Er-e -  Brest.




Sans mesure
voyage dans le miroir démystifié
du temps
où s'invite ton reflet...




          **********



L'herbe haute d'un chemin

l'eau intarissable d'une fontaine

des arbres toujours plus feuillus

des pierres ainsi posées
sont dans l'élan d'une habitation
significative

Ton âge s'impose maintenant
avec
un ciel plus près que jamais
dans les fenaisons d'un chant
immuable...



          **********



Mémoire
en rotations inhérentes

en girations intrinsèques

mémoire
captive d'elle-même...

 

          **********



Et
c'est en plein jour
comme un goût d'inachevé
sur la friche d'une entité
hantée...



          **********



C'est un lieu
dans l'éclat d'antiques blessures

d'anciennes liesses

La légèreté d'un été
statufie un soleil plus radieux
que jamais

Des ombres
glissent claires
dans l'éternel d'un jour...
 




Photos du château de Kerjean près de Landivisiau, dans le Nord Finistère. Droits réservés.
Par Îlien
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 22:20

Déroute à Kernioch *

Inquiets, nous entendions des pas résonner sur les pierres de l'allée. Une tête apparue, enturbannée, sombre, inconnue. Précédée de sa porteuse d'ombre, notre retardataire annonça son entrée d'une voix vibrante. La rencontre commençait vraiment.
Le soleil nous caressait dans ce jardin apaisant, à la fois terrain vague et déambulatoire de presbytère. L'hôtesse ne dirigeait rien, elle nous avait ouvert toutes les portes. Elle misait sur notre esprit de curiosité et d'initiative pour que le nécessaire se retrouvât sur la table : boissons fraîches, buffet assorti de salades diverses, melon d'eau, pastèque et fruits de saison. La dernière venue alla s'épiler ( ? ) , revint pour quérir un téléphone ( elle avait une lettre à dicter ) . Elle parlait haut et fort, en anglais parfois ( au téléphone ) , à quelqu'un d'au-delà du réel. Photos interdites, avis péremptoire, pseudo imposé, la diva préparait sa mise en scène.
L'assemblée picorait sous l'oeil torve d'une faune aux aguets, des chats de traverse et des goélands déroutés. Alors les masques tombèrent : entre-deux de confidences, jubilations de plein air, cascades de rires et, pour unir les genres, une simple convenance poétique.





boissons fraîches, buffet assorti de salades diverses...                                       L'hôtesse ne dirigeait rien...




                                                             Le soleil nous caressait dans ce jardin apaisant...



Nous sommes partis en auto, en cortège jusqu'au port, jusqu'au bateau échoué que nous abordâmes en terriens, rassurés par la marée basse. Cet antre marchand avait son bois de carène parfumé aux thés de toutes les compagnies du monde. Et nous avons appareillé doucement, sur des vagues de rimes, un courant de musique. Émotions, déclamations, applaudissements, photos ( l'une interdite encore ) , la poésie fit merveille entre mer et rivage.
Molène en passant, île merveilleuse du poète photographe, sublime escapade.
Et puis le retour à Kernioch, havre de pierre, d'oiseaux, de chats et, bien sûr, de poètes. Une accordéoniste de Plouarzel redonna du souffle à la maison de pierre, au pavé rebattu de danses endiablées. A l'étage, un pianiste se recueillait avec des notes inspirées, des retrouvailles moins hérétiques. On attendit en vain son retour sur terre. Talent caché de l'hôtesse, chansons légères d'avant  les guerres, voix prises aux murs en paix du château de Kergroadès. Les chats allèrent se coucher, les goélands quittèrent le rocher du jardin, un pinson tardif s'émouvait encore d'une graine de pastèque. Le soleil se noyait au-delà de Molène, barbotant au ciel un falot rouge, de quoi nous saluer dans le doux  parfum des troènes échaudés.
Belle journée à ne rien faire, à dorer son jabot, à se prélasser, à dire cent fois que le ciel était beau. Bon, parfois...
Merci Danièle !

Bernard Trébalo.





                  havre de pierre, d'oiseaux, de chats                                                         Talent caché de l"hôtesse.
                            et, bien sûr, de poètes.




                                                                                             Merci Danièle !



Petit compte rendu d'une journée de poètes en goguette, de l'association AN AMZER POESIES.

* Kernioch : hameau ou village ?... Là, en l'occurrence, il s'agit d'un beau petit coin de Bretagne appelé Lanildut, où demeure notre chère accordéoniste et poète, Danièle, dont nous étions les invités un vendredi du mois de juin 2009.
Par Îlien
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Jeudi 16 juillet 2009 4 16 /07 /Juil /2009 23:03

" Le coeur gros d'Îlien "  de Patrick Thuillier : choix de textes. Collection Présentia.

Clairement
au fin fond d'un miroir
d'existence

Vainement
à essayer de comprendre
ton image dénaturée

parmi d'autres images
dénaturées

Et

si le monde des hommes
tournait court...








Si contrefait
en pleine lumière

Il n'y a d'autres mystères
sur ce globe
que ceux de l'homme
à l'écoute de lui-même...











Ta voix
est pleine de turbulences
neigeuses

Tes mots
en ont froid dans le dos

On ne peut impunément
se nourrir de paradoxes

L'heure
est sans fond

des hivers
d'une infinie et silencieuse blancheur
annoncent une fin de règne
et
partout s'égrène une imposture...










Par Îlien
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